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samedi 10 février 2018

TRANCHES D'HISTOIRES : la météorologie aux Antilles

Les conditions climatiques des Antilles françaises et de la Guyane sont telles, avec leur lot de précipitations diluviennes, de tempêtes ou de passages de cyclones tropicaux, qu'elles ont vite fait partie du quotidien des occupants de ces territoires. L'utilité de l'observation de l'atmosphère pour les récoltes, les déplacements en mer pour la pêche et les transports, pour les conditions de vie tout simplement de ces habitants, n'est donc pas à démontrer.

Les 1ères mentions écrites ayant trait au climat des Antilles françaises se trouvent dans les récits des missionnaires naturalistes du XVIIème siècle. Le père Jean-Baptiste Dutertre dès 1671, donne un exposé sommaire du climat de ces "nouveaux pays". Les chroniques de voyage du père Labat rapportent également le passage cruel d'ouragans dans les îles antillaises. Il faut dire qu'à cette époque, au XVIIème puis XVIIIème siècle, l'œuvre des Jésuites est importante dans le domaine des sciences, avec de nombreuses créations d'observatoires astronomiques et météorologiques en Europe et dans les colonies. Un officier géographe, Moreau de Jonnès, consigne de 1802 à 1815 un ensemble d'observations concernant les îles des Petites Antilles de Saint-Vincent à la Guadeloupe. Il effectue alors un gros travail de synthèse de ces données permettant de reconstituer les éléments principaux du climat antillais, il propose même une analyse des mécanismes de la formation des ouragans.

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Par la suite, durant le XIXème siècle, des observations météorologiques sont effectuées par les services de santé de toutes ces colonies, aux Antilles et en Guyane. En 1834, elles sont confiées aux hôpitaux militaires et rendues obligatoires. C'est alors le début d'organisation du 1er réseau de mesures. En Guadeloupe, des mesures sont consignées dès 1832 à Basse-Terre, à partir de 1853 à Pointe-à-Pitre, de 1855 à Camp-Jacob et 1863 aux Saintes.

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La coopération internationale se développe également à cette époque, avec l'envoi régulier d'observations à l'observatoire de Belen (La Havane - Cuba), à partir de 1870, observatoire qui commence à organiser un réseau d'observations météorologiques dans les Caraïbes, sous l'impulsion d'un père Jésuite, Benoît Vines, qui s'intéresse particulièrement à l'étude des cyclones et qui établit les premières prévisions locales en 1875. En Guadeloupe, 1870 voit aussi les exploitants sucriers tenir des sites de mesures pluviométriques pour leurs besoins propres, certains de ces sites existant encore 130 ans plus tard. A partir de 1914, début de la Grande Guerre en France, le Service de l'Agriculture prend la relève des pharmaciens et médecins militaires pour assurer la continuité de la collecte des données.

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1932 marque un tournant important dans l'histoire de la météorologie aux Antilles. Car cette année-là, arrive à Fort-de-France M. Jean Romer, ingénieur météorologiste, mais aussi professeur de physique formé à la sismologie et à la volcanologie. Il a pour mission d'appliquer le décret du 21 juillet et donc de créer le Service Météorologique et de Physique du Globe, dont la nécessité se fait sentir, non seulement en raison des cyclones tropicaux, mais aussi du début des liaisons aériennes. Le rôle de ce Service est notamment "d'obtenir des indications précises permettant d'ordonner les mesures de sauvegarde utiles et de renseigner la population sur les dangers qu'elle peut courir". A cette époque (1934), les services météorologiques de Guadeloupe et de Guyane sont encore à l'état embryonnaire, alors que la Martinique dispose déjà d'un réseau relativement dense de stations et points de mesures sur l'île, plus de 20, pour 1 seule en Guadeloupe et 2 en Guyane.  En comparaison avec la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane font figure de parents pauvres en matière de structure météorologique. C'est la 2ème guerre mondiale (1939 - 1945) qui sera le catalyseur du développement des services météorologiques dans ces 2 régions. Et l'évolution politique en France à l'issue de ce conflit mondial, avec la départementalisation en 1946, permettra l'intégration de ces 2 "départements" au sein du Service Météorologique Antilles-Guyane.

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Un arrêté du gouvernement de Vichy charge M. S. Frolow, successeur de M. Romer à la tête du Service Météorologique de Martinique, d'organiser la météorologie en Guadeloupe, pour répondre à la demande d'un trafic aérien en pleine croissance. En 1942, quelques agents de Martinique, sous l'autorité de l'ingénieur M. Gouault, sont ainsi détachés pour ouvrir à Saint-Claude (Basse-Terre) la première station. Celle-ci est ensuite transférée au Moule, puis en décembre 1943 dans la commune littorale du Gosier (à la Pergola, restaurant désaffecté). Au début de 1944, le gouvernement américain se plaint auprès du gouvernement provisoire d'Alger de l'insuffisance de l'assistance météorologique reçue en Guadeloupe par sa compagnie Pan American Airways qui exploitait alors une ligne reliant les îles antillaises par hydravions. Il menace même d'ouvrir une station américaine, à l'instar de ce qui est fait en Guyane. Le gouverneur général de l'Afrique Occidentale Française, en charge des territoires français d'Amérique, reçoit ainsi l'ordre d'y envoyer rapidement un ingénieur de la météorologie. C'est le tout jeune Pierre Duvergé qui arrive en avril 1944 pour créer le service météorologique de Guadeloupe.

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Celui-ci forme alors une dizaine de personnes qui commencent à travailler en 1945 à la station du Gosier, où ne reste plus qu'un seul Martiniquais M. Ilin. M. Duvergé obtient ensuite de son supérieur hiérarchique en Martinique l'ouverture d'une deuxième station à la pointe Montana, à l'est de l'île de la Désirade, puis une troisième à Gustavia, à Saint-Barthélemy. La station principale du Gosier est transférée alors en 1948 au port de Pointe-à-Pitre, puis trouve sa place définitive courant 1950 à l'aéroport du Raizet. Un décret, daté du 7 février 1949, institue le Service Météorologique du groupe Antilles-Guyane, avec une Direction à Desaix (Fort-de-France) et deux sous-régions, l'une en Guadeloupe, l'autre en Guyane.

 

Sources & Images : MétéoFrance, MM. Duvergé et Frayssinet