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vendredi 25 août 2017

Rullière : il crève et il marche !

Le maillot jaune Melvin Rullière (entente Centre-Nord) a fait forte impression jeudi au cours de l'étape Saint-Laurent/Sinnamary au cours de laquelle il a déploré une crevaison, avant de revenir seul sur le peloton, de mener la chasse derrière les échappés et de gagner au sprint. Ce n'est pas un hasard si l'intéressé est aux avant-postes au cours de ce Tour de Guyane  : il s'agit d'un coureur amateur français de premier plan de la catégorie "Elites" qui a même couru une saison en 2015 au sein d'une petite équipe professionnelle belge. Sous ses faux airs de dilettante : « une visite la nuit sur une plage pour y voir des tortues luth" peu avant la première étape du Tour qu'il a remportée , «30 minutes de kayak pour décompresser" jeudi après-midi à Sinnamary", à 27 ans et demi (il est né le 22 décembre 1989), Melvin Rullière présente un parcours de coureur cycliste chevronné et de très bon niveau. En 2015, il a même été, pendant sept mois, dans les rangs professionnels au sein de l'équipe belge Veranclassic-Ekoï.

En Belgique, ce type d'équipe n'est pas forcément très structuré. Il n'y avait pas de bus par exemple (...) Les Français de l'équipe, on était payés au Smic. Les Belges, même pas.
Dans un pays où le cyclisme est roi, il s'agit du cas typique d'équipe belge, de niveau «continentale pro" (en dessous des meilleures du Pro Tour), vivotant, souvent grâce à l'apport de quelque mécène passionné de vélo et dont l'organisation, illustrée savoureusement dans la fiction "Le vélo de Ghislain Lambert" tient tant bien que mal avec des bouts de ficelles :  « En Belgique, ce type d'équipe n'est pas forcément très structuré. Il n'y avait pas de bus par exemple. Ces équipes, ce sont des tremplins pour se faire remarquer, pour essayer de percer. Les Français de l'équipe, on était payés au Smic, les Belges même pas." , explique l'actuel maillot jaune du Tour de Guyane. Dans ce contexte, le jeune néo-professionnel -en 2015, Melvin Rullière avait 25 ans- doit alors s'enquiller, les "classiques" nationales belges. Des courses, parfois sous la pluie froide, truffées de secteurs pavés voire même de côtes pavées quand la décision en course ne se règle pas à coups de bordure sur le plat (les premiers coureurs du peloton roulant en éventail sur toute la largeur de la route, jouant avec la résistance de l'air pour éjecter de leurs roues ceux qui n'arrivent pas à prendre place, à coups de coude parfois, dans l'éventail). Son équipe participe aussi à quelques classiques nationales françaises comme Cholet-Pays de Loire et ses 208 km. L'année professionnelle de Melvin Rullière est perturbée par des blessures, raconte-t-il rétrospectivement : « j'ai eu une tendinite en début de saison puis une fracture de la clavicule". Fin juillet 2015 durant le difficile Tour de Wallonie (Belgique), course par étapes de 200 km chaque jour avec souvent des bosses, dans laquelle, sont engagés certains des coureurs professionnels de haut niveau dispensés du Tour de France, Melvin Rullière jette l'éponge : «J'ai jeté mon vélo, j'avais décidé d'arrêter sa carrière." se remémore-t-il Fin 2015, le club de Rouen, le sollicite pour intégrer son équipe amateurs Elites. Melvin Rullière accepte de rempiler. Il y est coureur salarié depuis deux ans. Le vélo est toujours sa seule «activité salariée" indique-t-il. Mais cette fois c'est décidé, assure-t-il, il raccroche le vélo à la fin de l'année pour se reconvertir dans la vente de «burgers avec un camion". Il n'aura pas encore 28 ans. L'hiver 2016/2017, il a encore été performant en cyclo-cross terminant troisième de la Coupe de France. Puis son début de saison sur route a été "perturbé par une toxoplasmose" indique-t-il. « Je ne retrouve des bonnes sensations que depuis un mois et demi" assure-t-il. En 2017, il a tout de même disputé, par exemple, le Tour de Normandie, et ses étapes de 200 km, face à des professionnels : « J'y ai fait des places dans les 10 premiers au sprint" note-t-il. Donc le coureur a du fond. Le samedi 5 août, 2 semaines avant le Tour de Guyane, il renoue avec la victoire à l'issue des 144 km de l'épreuve élites "amateurs" de Saint-Souplet dans les Hauts de France face aux meilleurs cyclistes du Nord et de l'Oise. (voir ce lien ). Avant le Tour de Guyane, il participe à une course par étapes de 3 jours, le Tour des Côtes du Nord : «160 km avec des bosses" souligne Melvin Rullière. Autrement dit, une bonne préparation.
Je voulais faire une course exotique
Le Tour de Guyane, il semble l'avoir abordé décontracté :  « je voulais faire une course exotique (sic)", confie-t-il. Hormis l'étape des bosses de Cacao, il y rayonne. Il en a remporté la 1ère étape au sprint à l'issue d'une échappée sur le plat, a bouleversé la hiérarchie du classement général mercredi, après une nouvelle échappée, d'une dizaine d'hommes, sur plus de 110 km, entre Mana et Apatou, débutée sur la route de Saut Sabbat. Et, cerise sur le gâteau, entre Saint-Laurent et Sinnamary, jeudi, il crève de la roue arrière, revient seul sur le peloton qui ne l'a pas attendu, impose un rythme soutenu en tête dudit peloton en fin d'étape, aux côtés de ses équipiers (et de l'un ou l'autre coureur dont l'équipe est intéressée par la victoire d'étape)... avant de gagner l'étape lors du sprint massif du peloton revenu sur les ultimes rescapés d'une échappée.

Rullière sprint redim Melvin Rullière, en jaune, s'impose au sprint à l'arrivée de la 6ème étape à Sinnamary. C'est sa seconde victoire d'étape sur ce Tour. (Photo Ronan Liétar)

Une étape qui lui a laissé un petit goût amer : « Il m'a été reproché par certains de faire le sprint, ça m'a énervé. Je pense que l'équipe qui a beaucoup travaillé méritait cette récompense. Un de mes équipiers a même fait un malaise après l'arrivée." , indique-t-il avant de lâcher : " On ne veut pas déranger".

Attaques suite à sa crevaison ?

L'attitude de certains coureurs au moment de sa crevaison le laisse perplexe : « Il y a eu des démarrages. J'ai demandé à mes équipiers de rester dans le peloton pour essayer de contrôler. Je suis revenu seul car, contrairement à ce qui se fait en France où le retour derrière voiture est possible après crevaison, là, la commissaire l'interdisait" Et de noter : « quand je suis rentré dans le peloton, j'apprends que 5 Guadeloupéens sont partis devant. Je ne sais pas s'ils l'ont fait en sachant que j'avais crevé. J'ai constaté qu'ils n'étaient plus là à mon retour dans le peloton. Parmi eux, il y avait tout de même Luis Sablon, bien placé au classement général (8ème à 3mn 11s du maillot jaune)". Interrogé sur ce point Luis Sablon, l'un des 5 Guadeloupéens concernés s'inscrit en faux :  « Je ne l'ai aucunement vu crever. Pour ce qui me concerne, je n'attaque pas quand un leader crève (...) Je ne pense pas avoir démarré alors qu'il avait crevé. Je crois me souvenir que Rullière était aux avant-postes du peloton quand j'ai attaqué". Le coureur guadeloupéen, en tout cas, ne voit pas d'inconvénient à ce qu'un maillot jaune vienne s'imposer lors d'un sprint massif au nez et à la barbe des chasseurs d'étape : « A vélo, ce qui est pris n'est plus à prendre. Il défend également sa place de premier au classement du maillot vert (coureur le plus régulier aux premières places, aux arrivées d'étapes)" commente encore Luis Sablon avant de noter : « Il n'est pas impressionnant lorsqu'on le voit comme ça mais c'est un beau coureur. Très complet." FF

Photo de Une (réalisée par Ronan Liétar) : Melvin Rullière victime d'une crevaison de la roue arrière, au cours de la 6ème étape de ce Tour de Guyane 2017, entre Saint-Laurent et Sinnamary.