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© John WESSELS - Photographe : AFP/Archives

vendredi 13 octobre 2017

Afrique du Sud: nouveau coup dur judiciaire pour le président Zuma

John WESSELS - Photographe : AFP/Archives
Le président sud-africain Jacob Zuma, le 12 avril 2017 à Soweto

La justice sud-africaine a rouvert la voie vendredi à un éventuel procès pour corruption contre le président Jacob Zuma dans une affaire de ventes d'armes qui tient le pays en haleine depuis une bonne dizaine d'années.

Dans un jugement lu à l'audience par le juge Eric Leach, la Cour suprême d'appel de Bloemfontein (centre) a rejeté un appel du chef de l'Etat contre la décision de relancer contre lui 783 inculpations de corruption, fraude fiscale et extorsion de fonds dans le cadre de ce dossier.

Très attendue, cette décision renvoie la balle dans le camp du parquet général sud-africain (NPA), qui doit désormais décider de relancer ou non le dossier et, éventuellement, de renvoyer Jacob Zuma devant un tribunal.

A la pointe du combat contre le chef de l'Etat, le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), a salué une "victoire pour la justice, pour l'Etat de droit et pour l'Afrique du Sud".

"La loi s'applique à tous, quel que soit son statut", s'est félicité le chef de la DA, Mmusi Maimane, devant la presse. "Si le président est innocent comme il le clame, il doit laisser un tribunal en juger", a-t-il ajouté.

La présidence s'est pour sa part réjouie dans un communiqué que M. Zuma puisse désormais "présenter ses arguments" au parquet afin qu'il rende "une décision fondée".

L'actuel chef de l'Etat est accusé d'avoir touché, alors qu'il était vice-président, des pots-de-vin pour un contrat d'armement de 4,2 milliards d'euros signé en 1999 par l'Afrique du Sud avec plusieurs entreprises européennes, dont la française Thales.

Il avait alors été formellement inculpé, mais ces poursuites avaient été abandonnées en 2009 au motif qu'elles avaient été, selon le parquet général, motivées politiquement.

- Bataille politique -

M. Zuma était alors engagé dans une furieuse bataille politique avec le président de l'époque, Thabo Mbeki.

Limogé de son poste de vice-président en 2005 à cause de son inculpation, M. Zuma avait pris sa revanche en accédant en 2007 à la direction du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), puis en obtenant la chute du président Mbeki un an plus tard.

Opportunément libéré de toute poursuite, M. Zuma a accédé à la présidence de l'Afrique du Sud après les élections de 2009.

Depuis huit ans maintenant, l'Alliance démocratique a multiplié les requêtes devant la justice pour obtenir la réouverture du dossier.

Elle a enfin obtenu satisfaction en 2016, lorsqu'un tribunal de Pretoria a jugé "irrationnel" l'abandon des poursuites engagées contre M. Zuma. Mais le parquet général et le président Zuma ont fait appel de cette décision.

"Les appels sont rejetés", a confirmé vendredi la Cour suprême d'appel. "Les raisons avancées pour interrompre les poursuites (...) ne résistent pas à l'examen", a justifié le juge Leach.

Cette décision constitue un nouveau coup dur pour M. Zuma, déjà affaibli par une série de scandales qui perturbent la fin de son règne.

C'est un "revers significatif", a commenté à l'AFP l'expert en droit constitutionnel Lawson Naidoo. Le président "peut désormais saisir la Cour constitutionnelle", la plus haute instance judiciaire du pays, "mais il semble qu'il n'ait pas de raison juridique de le faire", a-t-il estimé.

- 'Plus fragile' -

Le chef de la DA a pressé le parquet de relancer le dossier au plus vite et exhorté le président "à cesser de gaspiller l'argent public en requêtes juridiques interminables".

Le chef de l'Etat "doit se résoudre à affronter son destin", a lancé en écho le président du Mouvement démocratique uni (UDM, opposition), Bantu Holomisa.

M. Zuma doit quitter la présidence sud-africaine au terme de son deuxième et dernier mandat à l'issue des élections générales prévues en 2019.

Son parti, le Congrès national africain (ANC), doit choisir en décembre son successeur à sa tête et, en cas de victoire du parti en 2019, à celle du pays.

Dans cette course, M. Zuma soutient son ex-épouse Nkosazana Dlamini-Zuma avec l'objectif, disent ses détracteurs, qu'elle lui garantisse son immunité judiciaire. Son principal adversaire est l'actuel vice-président Cyril Ramaphosa.

Le jugement rendu vendredi "va renforcer ceux qui au sein de l'ANC souhaitent négocier le départ" anticipé de M. Zuma de la présidence, a estimé l'analyste politique Ralph Mathekga, "il est devenu beaucoup plus fragile".

Jusqu'à présent, M. Zuma a toujours réussi à passer au travers des mailles de la justice. A une exception près. L'an dernier, il a été contraint de rembourser une partie des travaux de "sécurité" financés par l'Etat dans sa résidence privée.