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jeudi 14 décembre 2017

Birmanie: 6.700 Rohingyas tués en Birmanie le premier mois des violences

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Vue aérienne de villages rohingyas brûlés près de Maungdaw dans l'Etat de Rakhine au nord du Myanmar, le 27 septembre 2017

Au moins 6.700 Rohingyas ont été tués entre fin août et fin septembre au cours d'une opération de l'armée birmane, selon une estimation publiée jeudi par Médecins sans frontières (MSF), qui estime que le bilan réel pourrait être encore plus lourd.

Les chiffres de MSF ne couvrent que le premier mois des violences, mais l'exode se poursuit encore aujourd'hui. Et les personnes qui fuient "disent avoir subi des violences ces dernières semaines", a souligné MSF.

Les Nations unies n'ont jusqu'ici jamais publié de chiffres sur le nombre de tués.

"Les études montrent qu'au moins 71,7% des décès sont dus à la violence, y compris parmi les enfants de moins de cinq ans. Cela représente au moins 6.700 personnes, dont 730 enfants", a écrit MSF, qui a interrogé plus de 11.000 réfugiés au Bangladesh pour parvenir à cette estimation.

Et pour le Dr Sidney Wong de MSF, "le nombre de décès est vraisemblablement sous-estimé", car "l'ampleur et la nature des violences mises au jour sont effroyables".

"Nous avons entendu des personnes raconter que des familles entières avaient péri après que les forces armées les ont enfermées dans leurs maisons avant d'y mettre le feu", a-t-il affirmé.

Gal ROMA - Photographe : AFP
La violence dans l'Etat Rakhine

Selon les milliers d'entretiens menés par MSF pour tenter d'évaluer l'ampleur du drame, 69% des victimes ont été tuées par balles, 9% ont péri de brûlures et 5% de passages à tabac.

"Presque chaque famille rohingya a eu un ou plusieurs de ses membres tués dans les violences", a indiqué à l'AFP Mohammad Zubir, enseignant rohingya réfugié depuis 25 ans au Bangladesh, qui joue un rôle de dirigeant dans la communauté locale.

Les violences ont poussé environ 655.000 Rohingyas à fuir au Bangladesh voisin soit plus de la moitié de cette communauté musulmane vivant principalement dans l'Etat Rakhine, dans l'ouest de la Birmanie, pays très majoritairement bouddhiste.

"Je ne vois pas 600.000 personnes fuir leurs maisons et leurs rizières sans bonnes raisons", a argumenté Karline Kleijen, de MSF.

L'ONG, comme la plupart des acteurs humanitaires et des journalistes, n'a pas accès à la zone de conflit, tenue par l'armée. Ses programmes y sont au point mort.

Marion THIBAUT - Photographe : AFP/Archives
Vue aérienne de villages brûlés, le 10 octobre 2017, près de Maungdaw, dans l'Etat de Rakhine, en Birmanie

Comme le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, MSF réclame l'ouverture d'une enquête internationale et la réouverture de la zone.

Le même jour que la publication du rapport de MSF, hasard du calendrier, le Parlement européen a approuvé une résolution sur la Birmanie appelant les pays de l'Union européenne à imposer "de toute urgence des sanctions punitives ciblées à l'encontre d'individus dans l'armée".

- 'Apartheid' -

Jusqu'ici, l'armée birmane, qui nie toute représailles contre les civils, avait évoqué un bilan de moins de 400 morts, tous des "terroristes" rohingyas.

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Des réfugiés rohingyas au camp de Naybara, le 3 décembre 2017 à Cox's Bazar, au Bangladesh

Des attaques rebelles contre des postes de police en août avaient déclenché la répression de l'armée, accusée d'incendier des villages et de s'en prendre aux civils.

Les chiffres de MSF contredisent en tout point l'armée birmane, qui a rendu mi-novembre les conclusions de son enquête interne.

"Les soldats n'ont pas commis de violences sexuelles ni tué des civils. Ils n'ont pas arrêté, battu ou tué de villageois", affirmait le rapport sur la base de plus de 2.800 témoignages de villageois musulmans.

L'armée a seulement confirmé avoir tiré sur une foule de Rohingyas qui les attaquaient, affirmant avoir agi en état de légitime défense.

Pour Richard Horsey, analyste indépendant basé en Birmanie, le bilan de MSF est "choquant" et devrait "inévitablement pousser la communauté internationale à s'intéresser de nouveau à la question des responsabilités".

Les violences dans l'Etat Rakhine ont débuté par des attaques de postes de police par la rébellion rohingya de l'ARSA, qui dénonce les mauvais traitements subis par cette minorité.

Ils représentent la plus grande population apatride du monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous le régime militaire.

Victimes de discriminations, ils n'ont pas de papiers d'identité, ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Et ils n'ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et hôpitaux. Amnesty international a récemment évoqué une situation d'"apartheid".

Dans ces circonstances, MSF estime que le récent accord entre les gouvernements du Bangladesh et de la Birmanie sur le rapatriement des Rohingyas "apparaît prématuré".

Côté Bangladesh, dans les immenses camps insalubres de réfugiés, les autorités et les ONG parviennent difficilement à nourrir et soigner tout le monde.