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lundi 21 mai 2018

Nicolas Maduro réélu à la présidence du Venezuela, les Etats-Unis annoncent de nouvelles sanctions

Nicolas Maduro conserve son mandat de président du Venezuela. Un élection qualifiée d'illégitime par plusieurs pays notamment les Etats-Unis qui ont annoncé la prise de sanction.

Il y a un an, tout le monde le disait perdu. Personne n'imaginait qu'il allait se représenter. Et pourtant, Nicolas Maduro, au coeur d'une des pires crises politique et économique traversée par le Venezuela, a été réélu dimanche pour un second mandat jusqu'en 2025.

Cet ancien chauffeur de bus de 55 ans, corpulent et à la moustache noire fournie, s'est imposé avec 67,7% des voix lors d'un scrutin marqué par une très forte abstention et sans adversaire de poids. Il avait lui-même choisi d'avancer la date de l'élection de décembre à mai.

"On a encore gagné ! (...) Nous sommes la force de l'histoire transformée en une victoire populaire permanente", a lancé dimanche devant ses partisans le chef de l'Etat, qui racontait peu avant que toute sa famille l'appelait "Nico".

Pourtant, au départ, il a dû lutter pour se faire respecter comme légitime successeur d'Hugo Chavez (président de 1999 à son décès en 2013), qui l'avait adoubé personnellement en lui confiant les rênes de "la révolution bolivarienne".

"Son autorité est née comme un héritage de Chavez, mais maintenant nous avons un Maduro différent, qui se sait fort et est plus agressif", explique à l'AFP Félix Seijas, directeur de la société de sondages Delphos.

Sous son mandat, le chemin n'a toutefois pas été rose: crise économique, manifestations, sanctions internationales... pour garder la main, il a fini par attribuer un pouvoir absolu à l'Assemblée constituante, uniquement composée de chavistes.

"Il y a cinq ans j'étais un novice", confiait-il récemment dans un meeting. "Maintenant je suis un Maduro debout, avec l'expérience de la bataille, qui a affronté l'oligarchie et l'impérialisme. Je suis là, plus fort que jamais."

Malgré son taux d'impopularité (75% selon Datanalisis), il était le favori des sondages face à Henri Falcon, dissident chaviste qui devait lutter à la fois contre la mainmise institutionnelle du président et les appels à l'abstention des principaux partis d'opposition.

Discours enflammés

Elu de justesse en 2013 face à Henrique Capriles (depuis déclaré inéligible), Nicolas Maduro est accusé par ses détracteurs de mener une gestion économique erratique et d'être un "dictateur" accaparant tous les pouvoirs, surtout l'armée.

Seul bastion conquis par l'opposition, le Parlement s'est vu confisquer ses prérogatives par la Constituante.

Hugo Chavez, qu'il a connu en 1993, le considérait comme "un révolutionnaire pur et dur".

Mais certains sont sceptiques: "Il est peut-être maduriste, mais pas chaviste", commente à l'AFP Ana Elisa Osorio, ancienne ministre d'Hugo Chavez.

Face aux critiques, il répond qu'il est un "président démocratique" et assure que c'est une "guerre économique de la droite", avec l'aide des Etats-Unis, qui a causé l'hyperinflation et les pénuries d'aliments et de médicaments.

"Il a été sous-estimé, non seulement par l'opposition mais aussi par beaucoup de chavistes", souligne Andrés Cañizalez, chercheur en communication politique.

"Mais il a su profiter des erreurs des uns et des autres, en parvenant aussi à neutraliser ses adversaires au sein du chavisme."

Pressenti comme possible candidat présidentiel, Rafael Ramirez, ex-président du groupe pétrolier PDVSA et homme de confiance de Chavez, a été écarté de son poste d'ambassadeur auprès de l'ONU pour corruption présumée.

Audace politique

"Maduro a effectué une métamorphose et ces élections sont l'apogée de ce processus: nous pourrions être en train de passer du chavisme au madurisme", estime M. Cañizalez.

Félix Seijas y voit beaucoup d'audace politique. Il a été "un grand équilibriste qui a réussi à maintenir une distribution du pouvoir" au sein du chavisme, en gagnant "de l'autorité pour imposer sa candidature".

Dépourvu du charisme de Chavez, Maduro a tenté de l'imiter avec de longues apparitions quotidiennes à la télévision, un phrasé populaire et une rhétorique anti-impérialiste. Peu à peu, il est parvenu à construire sa propre image.

De nouvelles sanctions

La réélection de Nicolas Maduro est cependant jugée illégitime par les Etats-Unis.  L'abstention de 52% est la plus élevée depuis les débuts de la démocratie dans le pays en 1958. A la dernière élection présidentielle en 2013, où Maduro s'était mesuré à l'opposition réunie autour d'Henrique Capriles, le taux de participation avait été de 79,69%.

M. Falcon a accusé le gouvernement d'avoir fait pression sur les électeurs, notamment avec les "points rouges", des tentes installées par le PSUV (au pouvoir) où les électeurs venaient s'inscrire après avoir voté dimanche dans l'espoir de recevoir une prime promise par le président. L'horaire tardif de fermeture des bureaux de vote a également été dénoncé.

Le président américain Donald Trump a signé un décret, dont la portée était dans un premier temps difficile à évaluer, visant à réduire la capacité du régime de Caracas à vendre ses actifs. Son vice-président, Mike Pence, a qualifié le scrutin de "farce".

En revanche, le président russe Vladimir Poutine a félicité M. Maduro, lui souhaitant "une bonne santé et le succès dans la résolution des défis sociaux et économiques auxquels fait face le pays". Cuba a également applaudi la "large victoire" du dirigeant vénézuélien, l'assurant de son soutien.

Les Etats-Unis, qui achètent un tiers du brut vénézuélien, ont menacé d'un embargo pétrolier et interdisent à leurs citoyens toute transaction sur la dette vénézuélienne. En novembre 2017, le Venezuela et sa compagnie pétrolière nationale PDVSA ont été déclarés en défaut partiel par plusieurs agences de notation.

Les résultats annoncés ont été rejetés par le Chili, le Panama, le Costa Rica tout comme par le Groupe de Lima, une alliance de pays d'Amérique et des Caraïbes qui comprend l'Argentine, le Brésil, le Canada, la Colombie et le Mexique.

Les 14 pays du Groupe de Lima ont annoncé lundi le rappel de leurs ambassadeurs du Venezuela au lendemain de ce scrutin et vont "coordonner des actions pour que les organismes financiers internationaux et régionaux n'octroient plus de prêts au gouvernement du Venezuela".

En marge du de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 lundi à Buenos Aires les Etats-Unis, l'Argentine, l'Australie, le Canada, le Chili et le Mexique ont condamné la réélection de Nicolas Maduro.

Madrid va étudier avec l'UE des "mesures opportunes" et "continuer de "travailler pour soulager les souffrances des Vénézuéliens".

La quasi totalité des responsables gouvernementaux, y compris M. Maduro, sont visés par des sanctions de l'UE ou de Washington.